Le Chinois ouvre la porte avant qu’elle ne frappe. Il a le peignoir noir de la nuit. Ils restent là où ils sont. Il prend son cartable, il le jette sur le sol, il la déshabille, se couche le long d’elle sur le sol. Puis attend. Attend. Encore. Dit tout bas :
– Attends.
Il entre dans la nuit noire du corps de l’enfant. Reste là. Gémit de désir fou, immobile, dit tout bas :
– Encore… attends…
Elle devient objet à lui, à lui seul secrètement prostituée. Sans plus de nom. Livrée comme chose, chose par lui seul, volée. Par lui seul prise, utilisée, pénétrée. Chose tout à coup inconnue, une enfant sans autre identité que celle de lui appartenir à lui, d’être à lui seul son bien, sans mot pour nommer ça, fondue à lui, diluée dans une généralité pareillement naissante, celle depuis le commencement des temps nommée à tort par un autre mot, celui d’indignité.
La douleur arrive dans le corps d'elle. Elle est d'abord vive. Puis terrible. Puis contradictoire. Comme rien d'autre. Rien: c'est alors en effet que cette douleur devient intenable qu'elle commence a s'eloigner. Qu'elle change, qu'elle devient bonne a en gemir, a en crier, qu'elle prend tout le corps, la tete, toute la force du corps, de la tete, et celle de la pensee, terrassee
C'est elle qui veut savoir, qui veut tout, le plus, tout, vivre et mourir dans le meme temps. Celle qui est au plus pres du desesproir et de l'intelligence de la passion
Que ce qu'on cachait aux enfants d'habitude, il fallait au contraire le leur dire, le travail, les guerres, les separations, l'injustice, la solitude, la mort. il fallait aussi le faire savoir aux enfants, il en etait comme de regarder le ciel, la beaute des nuits du monde.