Si une femme nous disait aimer les fleurs alors que nous constatons qu’elle oublie de les arroser, nous ne croirions pas en son « amour » pour les fleurs. L’amour est une sollicitude active pour la vie et la croissance de ce que nous aimons. Là où manque ce souci actif, il n’y a pas d’amour.
De la naissance à la mort, du lundi au lundi, du matin au soir, toutes les activités sont routinées et préfabriquées. Comment un homme pris dans ce filet de routine n'oublierait-il pas qu'il est un homme, un individu unique, qui n'a reçu que cette seule chance de vivre, avec des espoirs et des désillusions, avec des peines et des craintes, avec le désir nostalgique de l'amour et la terreur du néant et de la séparation ?
On ne peut s’expliquer l’emprise qu’exerce la peur d’être différent, la peur de s’éloigner du troupeau ne fut-ce que de quelques pas sinon en comprenant à quelle profondeur se situe le besoin de ne pas être séparé.
Si je ressemble à quiconque, si je n’ai ni sentiments ni pensées qui m’en distinguent, si je me conforme aux coutumes, usages vestimentaires et idées, au pattern du groupe, je suis sauvé ; sauvé de l’expérience effrayante de la solitude.